Un « Frankenstein » shakespearien pour nous interroger sur la modernité

Ce film traite d’un sujet éternel, le mal. Décliné par des figures fortes : la souffrance de la solitude, l’horreur de la différence, le déracinement, la condition d’orphelin, le ressentiment, la vengeance. Mais en même temps d’une condition propre à notre époque. L’auteure du livre, l’étonnante Mary Shelley, fille de la première penseuse féministe, Mary Wollstonecraft et d’un écrivain et éditeur anarchiste, William Godwin, ne s’est pas trompé en l’appelant « Frankenstein ou le Prométhée moderne ». La passion de la science, si humaine et le désir ardent de percer les mystères, se voient doublés d’une hybris dévastatrice. L’obscur dessin de récréer la vie, de se mettre à la place des dieux (en ayant acquis le feu sacré), de fabriquer l’humain, considéré désormais comme une matière, de brouiller les frontières entre la vie et la mort, rend aveugle aux dangers et au gouffre éthique que de tels réalisations peuvent ouvrir.

La puissance de la mise en scène et l’élan shakespearien qui l’anime, fait de cette production LA version cinématographique utilisable de cette histoire fondatrice, de ce mythe moderne. Il est issu de l’intuition géniale d’une « fille de Lumières » à l’âge de 20 ans et l’effroi romantique de quelque chose qui nous dépasse et que peut-être nous ne saurons jamais rattraper.

La perte à jamais de l’innocence du savant qui joue avec la mort et avec la vie se voient incarnés dans « la créature », qui demande, dans sa détresse infinie, « Dr. Vous avez trouvé toutes les parties pour mon corps… auriez-vous oublié l’âme ? »

Notre science actuelle ne se trouve maintenant dans presque la même situation ou au moins face à la possibilité d’en faire tout autant que le fameux Docteur ?

N’avons pas non plus, nous-mêmes, « oublié l’âme » ? Quelle façon plus radicale de l’avoir oublié que celle de ne plus y croire ? Considérer l’humain comme un pur organisme, comme une matière, dont nous n’aurons qu’avancer dans la connaissance pour tout maîtriser, ne nous met pas aussi dans ce carrefour, où « le sommeil de la raison (du raisonnable) peut engendrer des monstres ?

Pour la première nous rééditons une séance déjà passée

Séance de ciné-philo le dimanche 26 juin 2011, à l’Entrepôt, à 1420 (8€)

7, rue Francis de Préssensé, Paris 14, (M° Pernety)

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