« AGORA » ou comment le vent de l’histoire tourne sans que l’on s’en aperçoive, balayant les idées, les civilisations et l’amour.

Film de Alejandro Amenabar (2010) au ciné-philo

Un des rarissimes « péplum » qu’on puisse voir sans sourire, ce film beau et ambitieux, au grand souffle, malgré son esthétique un peu Hollywoodienne, retrace les événements autour de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, qui a changé l’histoire, les tensions et violences entre  communautés, juives, gréco-égyptiennes, romano-chrétiennes, les disputes idéologiques, scientifiques et philosophiques de ce temps, comme la question héliocentrique, anticipée par Aristarque, puis, oubliée. Le tout auteur de la magnifique Hypatie d’Alexandrie, une des premiers femmes philosophes connues, héritière du néo-platonisme, astronome et enseignante ; sans doute un être trop libre (et une femme trop intelligente) pour des temps troubles où la connaissance et l’amour de la sagesse son vite broyés par des luttes pour le pouvoir et obscurantismes, à l’aube de ce qui deviendra l’occident… qui en héritera forcément.

Il y a aussi une réflexion sur la liberté, l’amour, l’appartenance et l’indépendance des êtres humains qui, se débattent pour ce qu’ils croient juste, ou pour ceux qu’ils désirent. Mais ils le désirent si ardemment que cela ne laisse pas place à la discussion ou à la délibération, qui étaient pourtant essentiels aux républiques antiques.

Un temps de crise fait que les enjeux de croyances, les désirs d’hégémonie deviennent irréductibles, non négociables, conduisant tout droit vers le dénuement tragique connu.

On peut dire qu’on n’a rien inventé aujourd’hui en matière de dogmatisme et d’intolérance, mais ce qui est plus grave, on n’a pas beaucoup avancé non plus.

Une méditation sur la fin des civilisations, les temps des changements, les processus qui dépassent les individus et les communautés.

Tout ceci peut, mais non sans précautions de rigueur historique et intellectuelle et en se gardant de comparaisons hâtives, nous conduire à des analyse de notre époque actuelle. L’Occident n’est pas aujourd’hui comme l’Alexandrie de l’époque, une civilisation finissante, aveuglée par ses gloires et réalisations passées, qui ne voit pas le vent de l’histoire tourner et des forces centrifuges agir dans tous sens à sa dissolution ?

Séance présentée et animée par Daniel Ramirez.

Le dimanche 11 avril 2010 à 14 h 20

L’ENTREPOT, lieu de cultures

7 Rue Francis de Pressensé, Paris 14e (M° Pernety)

2 comments

  1. Grün dit :

    Magnifique ce film, j’ai adoré ! Je regrette ne pas avoir pu aller à votre débat au ciné-philo. J’aurais bien voulu savoir ce que vous en avez pu tirer comme analyse philosophique.
    Agnès

  2. Agnès dit :

    J’ai enfin pu voir Agora. Merveilleux, émouvant, intelligent, je n’ai pas de mots pour le moment. Il me manque aussi de n’avoir pu venir au débat. A très bientôt. Agnès (P10)

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